Justice alimentaire, maintenant !

Rapport annuel 2024

Éditorial

Chère lectrice, cher lecteur,

« Une année de folie ». C’est sans doute ce qui décrit le mieux le millésime 2024, marqué par la chute de plusieurs gouvernements européens, la réélection de Donald Trump et d’importantes coupes dans l’aide au développement.

À elle seule, la Suisse prévoit de couper plus de deux milliards de francs dans la coopération pour la période 2025–2028. En conséquence, Action de Carême devra arrêter des projets représentant environ 700 000 francs par an, à moins de pouvoir compter sur de nouveaux soutiens.

Les enjeux sont majeurs
Or, les projets de développement, très efficaces, assurent une alimentation suffisante à des familles paysannes au Kenya et au Burkina Faso, renforcent les femmes en République démocratique du Congo et au Sénégal, et offrent l’accès aux énergies renouvelables à des communautés autochtones en Colombie. L’enjeu est donc de taille, et nous mettrons tout en œuvre pour poursuivre notre engagement. Toutefois, une réduction de nos activités est inévitable : à notre grand regret, nous devrons fermer notre programme au Laos en 2026 et revoir à la baisse nos dépenses en Suisse.

Des appuis précieux pour l’avenir
Et maintenant la bonne nouvelle : en 2024, trois nouvelles fondations ont décidé de soutenir financièrement nos projets. Grâce à leur contribution ainsi qu’à celle des donatrices et donateurs autant privés qu’institutionnels, nos organisations partenaires au Sud peuvent continuer à planifier leur travail sur le long terme. Un grand merci aussi à toutes les personnes qui se sont engagées à nos côtés en 2024 et qui nous ont notamment permis d’apporter une aide d’urgence à près de 16 000 victimes de catastrophes au Népal, en Haïti et aux Philippines.

En 2024, nous avons aussi eu la joie d’accueillir quatre nouveaux membres dans notre Conseil de fondation : Josef Stübi, évêque auxiliaire de Bâle, Jörg Balsiger, professeur à l’Université de Genève, René Holenstein, ancien ambassadeur de Suisse, et Ricardo Espinosa, ancien haut cadre des Nations Unies à Genève. Nous nous réjouissons qu’ils fassent bénéficier notre travail de leur expérience et de leurs compétences et les remercions de leur engagement bénévole.

Merci beaucoup ! 

Cordiales salutations,
Bernd Nilles, directeur d’Action de Carême

Impact dans le monde en 2024

Organisation suisse de coopération internationale, Action de Carême s’engage pour le respect du droit à l’alimentation, la promotion de la justice sociale et le renforcement de la solidarité. En 2024, ses projets, programmes et campagnes de sensibilisation ont bénéficié à 5,5 millions de personnes. L’exercice s’est clôturé par un résultat déficitaire.

Grâce à ses activités menées dans douze pays d’intervention et à ses trois programmes internationaux, Action de Carême a directement soutenu près de 666 000 personnes, dont 58 % de femmes. Plus de 640 000 d’entre elles ont eu accès à une alimentation plus saine et plus abondante. Au total, nos activités ont contribué à améliorer les conditions de vie de 3 millions de personnes de manière indirecte. Nous avons par ailleurs fourni une aide d’urgence dans plusieurs pays frappés par des catastrophes naturelles ou des crises humanitaires. En Suisse, nos campagnes de sensibilisation et d’information ont touché environ 2,5 millions de personnes.

Des solutions efficaces grâce à l’expertise locale
Dans ses douze programmes en Afrique, en Asie et en Amérique latine, Action de Carême soutient des personnes défavorisées à garantir leur droit à l’alimentation. Pour y parvenir, nous nouons des partenariats et des alliances à long terme en nous appuyant sur l’expertise locale et en élaborant des approches efficaces adaptées aux réalités du terrain. En 2024, notre collaboration au sein d’alliances stratégiques telles qu’Alliance Sud et l’alliance Sufosec a été particulièrement étroite. Notre travail a été rendu possible grâce au soutien de nombreux partenaires : donateurs et donatrices privées, fondations, entreprises, paroisses, Églises cantonales, communes, cantons ainsi que la Direction de la coopération au développement (DDC). Cependant, nous avons été fortement touché·e·s par la réduction du budget de l’aide au développement décidée par les Chambres fédérales.

Ensemble pour une société plus équitable
Nos trois programmes internationaux (justice alimentaire, justice climatique et justice minière) s’attaquent systématiquement aux causes de la faim et de la pauvreté et œuvrent en faveur de l’adoption de règles contraignantes, tant au niveau national qu’international. En Suisse, nous encourageons la population, à faire preuve de solidarité et à s’engager dans la transition écosociale, notamment à travers la Campagne œcuménique. Des milliers de personnes s’engagent à titre bénévole aux côtés d’Action de Carême ou participent à ses activités.

Action de Carême traite avec rigueur tous les signalements de corruption, d’abus de pouvoir ou de harcèlement sexuel. Chaque cas signalé fait l’objet d’une enquête systématique, et tout abus avéré est sanctionné. Pour nous, le signalement de tels actes est un signe de confiance. Nous publions des informations sur notre engagement contre les abus de pouvoir sur notre site internet.

Les pays où Action de Carême est active

Amérique latine

Guatemala

Malgré les avancées politiques encourageantes portées par le nouveau président progressiste, la corruption, la pauvreté et la malnutrition restent très répandues dans le pays. Axé sur le droit à l’alimentation et le droit à l’identité, notre programme a bénéficié à environ 30 000 personnes. Aujourd’hui, 1340 familles cultivent leurs terres en appliquant des techniques agroécologiques, et trois villages ont désormais accès à l’eau pour irriguer leurs champs et couvrir les besoins de leurs ménages. Des espaces de dialogue ont été créés au sein de 23 réseaux communautaires, afin de renforcer la confiance en soi et l’identité culturelle des populations locales.
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Haïti

Alors que des groupes criminels continuent de semer la terreur et de contrôler une grande partie de la capitale, près de la moitié de la population est gravement menacée par la faim. Malgré ce contexte extrêmement difficile, nos projets progressent de manière significative. En 2024, notre programme a atteint environ 9000 personnes, dont 53 % de femmes. De plus, le nombre de groupes d’épargne en activité a de nouveau fortement augmenté. Les mesures de protection contre l’érosion ont couvert 577 hectares et ont dépassé les objectifs fixés. Nous avons également fourni une aide d’urgence qui a bénéficié à environ 850 personnes.
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Colombie

En 2024, le pays a été ravagé par des sécheresses et des pluies diluviennes qui ont décimé les récoltes et le bétail. Dans ce contexte, notre programme a eu un impact considérable : 1370 familles pratiquent aujourd’hui l’agroécologie, un nombre nettement plus élevé que prévu. Le programme compte également plus d’une centaine de groupes d’épargne. L’opposition a malheureusement bloqué plusieurs réformes du gouvernement. En outre, la population vit toujours sous la menace constante de groupes armés.
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Asie

Népal

Au Népal, la population est confrontée à une corruption persistante, à un contexte économique difficile et aux effets croissants des changements climatiques. Le programme d’Action de Carême, axé sur l’agroécologie, a dépassé en partie ses objectifs. Plus de 5000 familles bénéficiaires ont créé 3900 jardins potagers, et la proportion de ménages en situation d’insécurité alimentaire a reculé de 72 % à 56 %. Par ailleurs, nous avons poursuivi notre soutien à la reconstruction dans les zones touchées par le séisme de fin 2023.
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Laos

Alors que l’insécurité alimentaire progresse à l’échelle nationale, les conditions de vie des personnes participant à nos projets se sont nettement améliorées. Entre 2023 et 2024, la proportion de familles touchées par la faim est passée de près d’une sur deux à moins d’une sur quatre. Ces progrès sont en grande partie dus à une meilleure gestion des ressources naturelles ainsi qu’à l’adoption de pratiques agroécologiques, qui contribuent à renforcer la résilience face aux aléas climatiques. Néanmoins, la sécheresse a limité l’impact positif des jardins potagers et les femmes continuent de subir des inégalités importantes.
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Philippines

À la suite d’une série de typhons dévastateurs fin 2024, Action de Carême a apporté une aide d’urgence rapide et efficace aux populations sinistrées. Notre programme s’est également investi dans la préparation aux catastrophes naturelles, indispensable dans un pays particulièrement exposé aux effets des changements climatiques. Les projets en lien avec le droit à l’alimentation ont atteint 40 700 personnes, dont 4100 disposent désormais d’un accès sécurisé aux ressources naturelles. L’agroécologie est pratiquée sur environ 400 hectares, tandis que 1100 hectares de zones côtières et maritimes font désormais l’objet d’une gestion durable.
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Inde

Malgré une légère amélioration de la situation alimentaire au niveau national, l’insécurité alimentaire reste préoccupante. Réalisés en collaboration avec des centres de recherche en agronomie publics, nos projets en agroécologie se traduisent par une amélioration de la sécurité alimentaire plus marquée que dans des projets comparables. Ainsi, 2035 familles ont pu acquérir des terres ou obtenir un titre de propriété. Par ailleurs, en 2024, 651 familles se sont affranchies de la servitude pour dettes grâce à leur participation aux groupes d’épargne. En parallèle, environ 66 000 personnes ont participé à des initiatives menées avec les autorités locales, visant à améliorer le statut des Adivasis et des Dalits dans la société.
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Afrique

Burkina Faso

Le pays reste confronté à une insécurité généralisée et à un recul de la liberté d’expression. Environ un tiers du territoire est en situation de détresse humanitaire. Dans ce contexte difficile, le programme d’Action de Carême, qui vise à renforcer la résilience des communautés, a malgré tout atteint ses objectifs. Ainsi, 92 % des participant·e·s aux formations ont constaté une amélioration de leur état nutritionnel et de leurs revenus. Par ailleurs, 522 fours améliorés (fourneaux économes en bois) ont été produits, contribuant activement à la réduction de la déforestation.
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République démocratique du Congo

Malgré une croissance économique modeste, un tiers de la population reste en situation d’insécurité alimentaire sévère, notamment en raison des conflits armés qui ravagent l’est du pays. Nous pouvons néanmoins observer des progrès réjouissants : près de 650 groupes de solidarité actifs contribuent à l’amélioration de la situation alimentaire de la population et quelque 5600 personnes en litige avec des entreprises minières ont reçu un accompagnement efficace. Le programme d’Action de Carême soutient près de 18 000 personnes, dont la moitié sont des femmes.
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Kenya

Le dérèglement climatique, marqué par l’alternance de sécheresses et d’inondations, met gravement en péril les moyens de subsistance des familles paysannes. Notre programme au Kenya a atteint directement près de 17 500 personnes, dont plus de 10 000 sont membres de l’un des 600 groupes de solidarité. L’adoption de techniques agroécologiques leur permet de diversifier leur production. Dans ces groupes, 80 % des postes dirigeants sont occupés par des femmes. Le projet de fourneaux économes, qui permettent de réduire fortement la consommation de bois, est également une réussite. En 2024, il a dépassé les 25 000 unités.
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Madagascar

Malgré une situation alimentaire toujours alarmante, le programme d’Action de Carême affiche des résultats prometteurs. En 2024, environ 230 000 personnes (55 % de femmes) ont été touchées directement. Les 10 000 groupes de solidarité, dont 857 ont été créés l’an passé, regroupent désormais 150 000 membres. Par ailleurs, 14 700 foyers ont désormais adopté des techniques de culture agroécologiques. L’insécurité alimentaire a diminué de près de 5 % parmi les personnes participant à nos projets.
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Sénégal

Le chômage et le manque de perspectives restent un problème de taille pour les jeunes. À cela s’ajoutent les conséquences des changements climatiques : en 2024, la récolte d’arachides n’a pratiquement rien donné en raison des pluies trop abondantes. Nos groupes de solidarité poursuivent leur développement. Leurs effectifs ont augmenté de 11 % pour atteindre 81 000 membres, avec une épargne cumulée de 1,4 million de francs. Néanmoins, plus de la moitié des prêts ont été utilisés pour acheter de la nourriture, signe que la crise alimentaire reste aiguë. Les calebasses ont intensifié leurs échanges avec les autorités locales.
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Suisse

En plus de notre traditionnelle Campagne œcuménique, nous avons organisé une campagne à l’occasion de la Journée mondiale de l’alimentation. En parallèle, en collaboration avec l’Alliance Sufosec, nous avons publié le deuxième Rapport sur la nutrition, qui apporte des preuves solides de l’impact positif de l’agroécologie sur la réduction de la faim. Enfin, avec d’autres ONG, nous nous sommes fortement mobilisé·e·s contre les coupes budgétaires dans le domaine de la coopération au développement.
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Programmes internationaux

À travers ses programmes internationaux (PI), Action de Carême s’engage pour une transformation des structures politiques et économiques dans le monde et apporte sa contribution à un changement positif. Pour les personnes défavorisées des pays du Sud, son engagement se traduit aussi par une amélioration de leurs conditions de vie.

Justice alimentaire

Action de Carême a joué un rôle décisif dans la promotion de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des paysan·ne·s. Le groupe de travail chargé de sa mise en œuvre considère notre organisation et nos organisations partenaires comme des expertes compétentes et nous consulte régulièrement. Grâce à notre présence active aux Nations Unies et à notre large réseau de partenaires, nous permettons aux actrices et acteurs du Sud de dialoguer directement avec des gouvernements et des institutions internationales, afin de faire entendre leurs revendications. Cette action permet aussi de porter, à l’échelle mondiale, le plaidoyer en faveur d’une sécurité alimentaire fondée sur les droits humains.
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Justice climatique

Dans un contexte géopolitique tendu, l’ambition climatique peine à progresser. La COP29, tenue en Azerbaïdjan, n’a abouti qu’à des résultats limités. Malgré cela, Action de Carême a poursuivi son engagement pour la justice climatique, ce qui lui a permis de bénéficier d’une certaine couverture médiatique. À l’échelle locale, d’importants objectifs ont été atteints. En Colombie, par exemple, nous avons promu l’utilisation d’énergies renouvelables dans les communautés rurales et contribué à l’amélioration du cadre législatif dans ce domaine.
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Justice minière

L’étude menée en 2023 sur l’extraction de l’or en zone de conflit en Colombie a suscité une large couverture médiatique et continue à produire des effets positifs. La raffinerie suisse qui importe cet or a accepté plusieurs revendications portées par Action de Carême et s’est dit prête à entamer un dialogue avec la population locale et notre organisation partenaire sur place. Grâce au soutien d’Action de Carême, dans d’autres pays, les voix des communautés qui luttent contre les atteintes à leurs droits et à leur environnement causées par les activités minières ont également pu être relayées.
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Rétrospective de 2024

Clôture du cycle de quatre ans sur la justice climatique

Placée sous la devise « Moins, c’est plus », la Campagne œcuménique a de nouveau sensibilisé à l’importance de la justice climatique et proposé des pistes d’action collectives. Nos hôtes ont suscité une fois de plus un grand intérêt, à l’instar du lancement de notre calendrier de carême en ligne.

Le dernier volet de notre cycle de quatre ans « Justice climatique, maintenant ! » a mis l’accent sur l’urgence de limiter le réchauffement climatique mondial à 1,5 °C. Nous avons notamment organisé des ateliers pour encourager la population suisse à entreprendre des actions collectives.

En 2024, nous avons reçu de nombreuses invitations de paroisses à venir présenter nos activités lors de séances d’information et de services religieux. Nos collaboratrices et collaborateurs sont intervenus à 140 reprises et ont partagé notre travail dans les pays du Sud à 6300 personnes. Action de Carême et l’EPER ont organisé en tout 260 événements, atteignant environ 10 000 personnes. La tournée en Suisse alémanique d’Inés Pérez, coordinatrice du programme Guatemala depuis de longues années, a aussi été un franc succès. Les 600 personnes qui ont assisté à l’une des quatorze séances se sont intéressées en particulier à la vie et à la spiritualité autochtone, à la situation des femmes et à la vie politique au Guatemala. En Suisse romande, Safiatou Baldé Loum, spécialiste de la résilience et de l’adaptation climatique au Sénégal, a participé à de nombreux événements publics et paroissiaux. Elle y a sensibilisé les participant·e·s aux défis climatiques auxquels son pays est confronté.

Notre ambition : accroître notre visibilité
Les relations médias ont en revanche atteint des résultats mitigés, même si le point de presse en Suisse romande a abouti à d’intéressants reportages radio et plusieurs interviews. Selon l’Institut de sondage gfs, 35 % de la population a remarqué la campagne, un résultat similaire à celui enregistré en 2023, mais nettement inférieur à celui de 2021 et 2022. L’action Pain du partage – relayée par 339 boulangeries – et la Journée des roses – avec 53 000 roses commandées par les paroisses – se sont elles aussi inscrites en léger recul.

En revanche, le calendrier de carême, que nous avions modernisé pour atteindre un plus vaste public, a rencontré davantage de succès. Nous en avons distribué 600 000 exemplaires, auxquels s’est ajoutée la nouveauté du calendrier en ligne, très utilisé : quelque 8500 personnes l’ont consulté chaque jour, manifestant un intérêt particulier pour les recettes de cuisine. Avec plus de 70 000 visiteuses et visiteurs et plus de 200 000 visites, le site de la campagne a enregistré un succès supérieur à ceux de ces dernières années.

Les groupes de solidarité, un instrument de paix

La fondation Swisspeace, qui a consacré une étude à nos 2200 groupes de solidarité au Sénégal, a conclu qu’ils ne font pas qu’améliorer la situation alimentaire des communautés villageoises. Ils promeuvent aussi la paix, surtout parce que l’amélioration du bien-être psychologique et matériel qu’ils entraînent est un facteur de stabilité sociale.

Approbation de notre nouvelle stratégie

Le Conseil de fondation a donné son feu vert à la stratégie d’Action de Carême pour la période de 2025 à 2030. Tout en conservant les éléments qui ont fait notre réussite, cette nouvelle charte a introduit des pistes visant à renforcer l’impact de nos activités dans les pays de Sud. Action de Carême entend ainsi axer davantage ses efforts sur le droit à l’alimentation et mieux combiner coopération au développement, aide d’urgence et maintien de la paix. Nous nous proposons par ailleurs, eu égard aux coupes approuvées par la Confédération, de prospecter de nouvelles sources de financement.

Rencontre de coordination et Forum d’action

Tous les deux ans, les coordinatrices et coordinateurs d’Action de Carême du monde entier se rencontrent durant une semaine en Suisse pour échanger entre eux et avec leurs collègues helvétiques afin de renforcer leur collaboration. Cette fois, chacun·e a non seulement pu s’enrichir mutuellement des expériences des autres, mais aussi se familiariser avec la nouvelle stratégie. En fin de semaine, certain·e·s de nos hôtes ont participé au Forum d’action, organisé à Lucerne, qui abordait la délicate question du pouvoir dans la coopération au développement.

Nouvelle campagne pour la Journée mondiale de l’alimentation

À l’occasion de la Journée mondiale de l’alimentation et pour la première fois, Action de Carême a réalisé une campagne en ligne afin d’attirer l’attention sur ses activités autour du droit à l’alimentation. Cette campagne a été axée sur des familles paysannes de Madagascar qui, grâce à nos organisations partenaires locales, peuvent améliorer leur sécurité alimentaire et diversifier leurs sources de nourriture. En complément à la Campagne œcuménique, nous organiserons désormais, durant l’automne, un deuxième moment fort qui nous permettra de toucher un large public.

Aide d’urgence aux Philippines

Les Philippines ont été frappées par une succession de violents typhons – pas moins de six en un seul mois. Du jamais vu. Des projets de nos organisations partenaires ont été fortement touchés. Le bilan a été lourd : personnes traumatisées, bâtiments endommagés, champs dévastés et bateaux de pêche détruits. Nous avons tiré profit de notre réseau sur place pour acheminer une aide d’urgence, entre autres sous forme de rations alimentaires, d’eau, de semences et de matériel de construction. Cette action aurait été impossible sans des dons supplémentaires ni le généreux soutien de plusieurs paroisses.

Le Parlement coupe des centaines de millions

À l’issue de débats aussi intenses que longs, le Conseil national et le Conseil des États ont décidé de réduire de plusieurs centaines de millions de francs l’aide au développement en faveur des pays du Sud. Les coupes sont inférieures à ce que l’on craignait initialement, mais il s’agit néanmoins d’un coup dur pour les projets et les organisations concernées, et notamment Action de Carême. Si nous ne trouvons pas de nouvelles sources de financement, nous devrons nous retirer de projets à fort impact. Les personnes les plus démunies des pays du Sud en ressentiront donc directement les effets. Nous n’avons pas attendu la décision définitive pour nous mobiliser.

Premmaya Chepang, jeune agricultrice

Quand la persévérance
transforme tout un village

Népal

Elle a certes buté sur des résistances et subi des revers, mais il en aurait fallu davantage pour décourager Premmaya Chepang. Cette jeune agricultrice du village de Darang, dans le centre du Népal, a participé à la création de nombreux jardins potagers, qui ont contribué à améliorer durablement la situation alimentaire des habitant·e·s. Elle est une source d’inspiration pour toute la région.

Premmaya Chepang était hésitante lorsque, il y a trois ans, des employé·e·s de la Nepal Little Flower Society, une organisation partenaire d’Action de Carême, ont visité son village à la recherche de personnes intéressées à participer à un projet agroécologique. « Grâce à leurs encouragements, j’ai fini par accepter », explique-t-elle. « J’y voyais une occasion d’apprendre et d’aider ma communauté. »

Aujourd’hui, Premmaya est la personne-ressource locale du projet à Darang. Elle accompagne 50 familles qui cultivent leur propre jardin potager. En dehors de son travail et de son rôle de mère de deux jeunes enfants, elle s’occupe avec son mari d’un jardin potager, d’un champ de maïs et de millet ainsi que de l’élevage de chèvres, de cochons et de poules. Premmaya n’a donc pas le temps de chômer.

Des résistances dépassées

Au début, son mari n’était pas du tout enthousiasmé par son engagement. Il croyait même qu’elle allait à un rendez- vous amoureux lorsqu’elle a suivi sa première formation. « Mais il a fini par comprendre de quoi il retournait. Et maintenant, il me soutient », précise Premmaya.

La résistance de sa famille n’a pas été le seul obstacle qu’elle a dû surmonter. Une fois formée, la jeune agricultrice a encouragé les membres de son village à mettre en culture des jardins potagers et à planter des arbres fruitiers. « Nous avions travaillé d’arrache-pied mais, lorsque les plantons étaient pratiquement prêts, le couple qui gérait la pépinière a eu une violente dispute conjugale. » Pris de colère, mari et femme ont détruit les plantons, ce qui a provoqué de nouvelles querelles et accusations. « Ce fut une période difficile », se souvient Premmaya, « J’étais sur le point de jeter l’éponge ».

Des progrès réjouissants

Heureusement que les collaboratrices et collaborateurs du projet l’ont encouragée à persister. Aujourd’hui, elle se rend compte que l’effort valait la peine. « Mon travail a été à l’origine de nombreux progrès réjouissants pour mon village et ma famille, et j’ai gagné en notoriété dans mon entourage. »

Le village de Darang a même remis au goût du jour la tradition du travail communautaire dans les champs, en particulier lorsqu’il s’agit d’activités difficiles, comme la culture sur des pentes raides. « Désormais, des personnes d’autres villages nous rendent visite pour trouver l’inspiration dans notre travail », se félicite Premmaya. « Grâce à ce projet, nous avons aussi redécouvert la valeur de plats traditionnels et nous nous alimentons désormais de produits locaux nourrissants issus de l’agriculture biologique. » Elle ajoute qu’il faudra renforcer les activités de sensibilisation pour parvenir à un changement durable.

Elle a elle-même fait l’expérience des difficultés que cette démarche suppose. « On mène la vie dure aux femmes qui osent adopter d’autres rôles dans la société. Des changements sont cependant possibles, à condition d’aller au-devant des personnes. » Premmaya Chepang espère qu’elle pourra poursuivre son travail et avoir encore davantage d’impact. « J’aimerais être un exemple pour autrui, partager mes connaissances et faire en sorte que la société continue à évoluer dans le bon sens. »

Développement durable au Sud et au Nord

Avec ses 17 Objectifs de développement durable (ODD), l’Agenda 2030 s’applique à tous les pays du monde. Action de Carême opère toutefois une distinction entre le Nord et le Sud en ce qui concerne l’application des ODD. Au Nord, la transformation passe par une modification de nos modèles de consommation, de mobilité et d’action politique, qui nous permet d’exercer une influence sur le climat et les structures commerciales, améliorant ainsi les perspectives des populations bénéficiaires. Au Sud, la transformation a pour but de garantir des conditions de vie dignes aux personnes défavorisées, exclues et laissées pour compte. Appliquant l’approche fondée sur les droits humains, nos partenaires travaillent en réseau, renforcent les organisations et communautés locales et aident les personnes à faire valoir leurs droits.

En troisième et dernier lieu, la transformation des structures de gouvernance mondiale vise à empêcher l’impunité des atteintes aux droits humains commises par les multinationales, ce qui peut entraîner la modification de la législation en Suisse et en Europe. Le but est de promouvoir des modèles économiques durables et d’asseoir les échanges internationaux sur des bases éthiques.

Trois exemples de projets basés sur les ODD

La population autochtone des hauts plateaux du sud du Laos vit dans de petits villages très isolés et dépend principalement de ce qu’elle cultive elle-même, notamment le riz. La récolte ne couvrant souvent que 3 à 9 mois de l’année, les habitant·e·s complètent leur alimentation par des produits forestiers, la chasse et la pêche. Mais ces ressources sont de plus en plus menacées. Ces dernières années, le réchauffement climatique a entraîné des sécheresses et des inondations à répétition. C’est pourquoi la situation nutritionnelle et sanitaire dans les villages est mauvaise, en particulier pour les mères et les jeunes enfants. Un enfant de moins de cinq ans sur deux est sous-alimenté et présente un retard de croissance.

Le projet d’Action de Carême soutient les habitant·e·s dans dix villages. Il transmet notamment aux femmes des connaissances sur une alimentation saine et équilibrée, ainsi que sur la santé et l’hygiène. Les potagers et l’agriculture biologique permettent de produire une alimentation suffisante et équilibrée, contribuant ainsi à améliorer la situation nutritionnelle. Les femmes apprennent également à diversifier la préparation et la conservation des produits issus des potagers et de la forêt. Depuis le début du projet en 2013, le nombre d’enfants souffrant de malnutrition et de retard de croissance a sensiblement diminué. En outre, la pisciculture permet à la population d’enrichir son alimentation en protéines, contribuant ainsi à une meilleure santé.

Le réchauffement climatique met durement à l’épreuve la population du Burkina Faso et compromet sa sécurité alimentaire. Bien que les méthodes de culture agroécologiques puissent améliorer la situation, la pauvreté, la malnutrition et les inégalités restent des problèmes largement répandus – y compris dans la province méridionale de Zoundwéogo.

La mise en œuvre des programmes gouvernementaux visant à améliorer la situation est suivie de près par les organisations de la société civile. Action de Carême appuie son organisation partenaire TEEL TAABA dans le renforcement des compétences techniques des familles paysannes des communes de Manga et de Guiba, afin de favoriser leur autonomie et leur résilience. Le projet pilote de 16 mois, mené avec 610 personnes (dont 345 femmes et 230 filles), a connu un tel succès qu’il a été étendu à d’autres communes.

La violence, la corruption et l’absence de droit sont largement répandues en Haïti. Cette situation profite non seulement à des bandes armées de plus en plus audacieuses, mais également à une élite politique et économique qui en tire avantage pour renforcer son emprise sur le pays. La Commission épiscopale haïtienne Justice et Paix (JILAP), organisation avec laquelle nous collaborons sur le terrain, lutte sans relâche pour la défense des droits humains et s’oppose résolument à toutes les formes d’injustice.

Depuis plus de 50 ans, elle sensibilise la population à ses droits, documente les violations des droits humains et s’engage avec la population pour le respect de ces droits. L’un des grands défis reste la pauvreté extrême de la majorité de la population et un État quasi dysfonctionnel. JILAP collabore avec 200 commissions réparties dans les dix diocèses du pays. Des bénévoles y sont formé·e·s et transmettent ensuite leurs connaissances sur divers thèmes aux membres de paroisses et d’organisations de base ainsi qu’aux autorités. Pour la période 2022–2025, JILAP met l’accent sur le droit à l’alimentation et sur l’accompagnement pour l’obtention de documents d’identité. Au total, environ 700 personnes participent directement aux activités de JILAP et forment ensuite d’autres personnes.

Nous tenons à exprimer ici notre profonde gratitude aux donatrices et donateurs privés, aux cantons, aux villes et aux communes, aux paroisses et aux Églises cantonales, communautés ecclésiales et monastères, mais aussi aux fondations, organisations et entreprises. Leurs généreux dons, quel que soit leur montant, sont indispensables à notre travail. Notre reconnaissance va aussi à la DDC pour la contribution reçue dans le cadre de l’Alliance Sufosec*, ainsi qu’à la Fedevaco et à la FOSIT.

* L’Alliance Sufosec est un regroupement de six ONG suisses qui s’engagent ensemble en faveur d’une alimentation durable dans le monde.

Pour des raisons de place, nous ne mentionnons ci-après que les donatrices et donateurs institutionnels qui ont versé un don supérieur à 25 000 francs. Merci pour votre compréhension.

Fondation Beatrice und Dr. Arthur Fürer-Hofer
Chartreuse de la Valsainte
Fondation Däster Schild
Fondation Gebauer
Illnau-Effretikon
Canton d’Argovie
Canton de Bâle-Campagne
Canton de Bâle-Ville
Canton de Zurich
Église catholique de la ville de Lucerne
Église catholique du canton de Saint-Gall
Paroisse catholique de Steinhausen
Fondation Linsi
Repubblica e Cantone Ticino
Ville de Lucerne
Ville de Zurich
Fondation Drittes Millennium
Association des paroisses catholiques romaines de la ville de Zurich
NOUS PARTAGEONS : Action de Carême
Liechtenstein

Action de Carême – Éliminer la faim ensemble

La fondation Action de Carême poursuit les objectifs suivants :

  • Apporter son soutien au travail et aux projets des organisations de développement et des Églises dans le monde entier en faveur des personnes défavorisées sur le plan économique et social, principalement en Afrique, en Asie et en Amérique latine
  • Prendre part au débat sur la politique de développement et participer à la prise de décisions dans ce domaine
  • Promouvoir la solidarité internationale auprès de la population et de l’Église en Suisse par une collaboration œcuménique et un travail d’information et de sensibilisation, notamment pendant le temps du carême

Conseil de fondation

  • Josef Stübi, président, évêque auxiliaire de Bâle
  • Marianne Pohl-Henzen, vice-présidente, ancienne déléguée épiscopale pour la partie germanophone du canton de Fribourg
  • Beat Curau-Aepli, entrepreneur
  • Peter Niggli, journaliste, ancien directeur d’Alliance Sud
  • Renata Asal-Steger, conseillère synodale de l’Église catholique romaine de Lucerne
  • Isabelle Chassot, conseillère aux États
  • Elena Furrer, déléguée à la prévention pour l’évêché de Coire
  • Chiara Cantoreggi, directrice de la fondation Nuovo Fiore in Africa
  • Jörg Balsiger, professeur à la Faculté des sciences sociales de l’Université de Genève
  • Ricardo Espinosa, expert en relations internationales et en droits humains, ancien haut fonctionnaire de l’ONU
  • René Holenstein, ancien ambassadeur et haut cadre de la DDC
  • Comité de direction

  • Bernd Nilles, directeur
  • Markus Brun, responsable du département Coopération internationale et directeur adjoint
  • Margrit Pfister, responsable du département Communication
  • Nicole Reinhard, responsable du département Ressources humaines et services
  • Impressum

    Éditrice : Action de Carême Suisse, Lausanne
    Rédaction: Ralf Kaminski, Tiziana Conti
    Illustrations : Skiss GmbH, Lucerne
    Photos : Action de Carême
    Mise en ligne: Ralf Kaminski, Manolito Steffen